SECRET – Glasslands – Chapitre 1 : Partie 3/3

Sphère de Dyson Forerunner – Dernière position connue, Onyx : après trois heures de reconnaissance.

Catherine Halsey tourna brusquement la tête et fixa les buissons.

Elle réalisa qu’elle était la dernière à réagir au bruissement des feuilles. Mendez, Tom, et Olivia avaient déjà leurs fusils pointés sur la même cible et Kelly les fixait attentivement tout en  avançant dans leur direction. Quelque chose de petit et de vert bondit sur le tronc le plus proche pour grimper en s’accrochant à l’écorce et les observa.

« Pas beaucoup de viande là-dessus, j’en ai peur ». Kelly abaissa son arme. C’était un lézard avec une tête étroite, semblable à celle d’un oiseau, et une crête froncée. Pendant un instant il s’arrêta, la crête hérissée et absolument immobile, puis redescendit le tronc pour s’évanouir dans les arbustes. « Au moins, cela confirme l’existence d’une chaîne alimentaire. »

« Tant qu’on est tout en haut », murmura Olivia.

Halsey souhaita qu’elle ait encore son arme de poing. Bien qu’elle respectât la technologie Forerunner largement supérieure, ils n’avaient pas été là pour garder la boutique pendant très longtemps, et il était impossible de dire ce qui avait évolué depuis qu’ils avaient laissé cet endroit se gérer seul. Il y avait là des plantes qu’on ne trouvait absolument pas sur Terre. Si la faune provenait de tous les mondes visités par les Forerunners, alors tout était possible.

Elle n’avait pas besoin de le faire remarquer. Tout territoire inconnu était présumé potentiellement hostile.

Mendez fit une pause et fouilla dans ses poches. « Pourquoi ? »

« Pourquoi quoi ? », questionna Tom.

« Pourquoi les Forerunners ont placé des arbres et des animaux ici ? Juste pour rendre le coin plus paisible alors qu’ils organisaient l’Holocauste, ou est-ce une sorte de zoo ? » Mendez tapota sur sa radio et Halsey entendit soudain le grésillement et le sifflement de l’antenne de réception. « Lieutenant ? Ici Mendez. On voit des formes de vie sauvages maintenant. Des lézards. Y a-t-il quelque chose de votre côté ? »

La patrouille de Fred suivait actuellement un trajet parallèle, à environ un kilomètre. « Pas encore. Mais il y a des fleurs sur certains arbres, donc je suppose qu’il y a des insectes pollinisateurs dans le coin. »

« Des insectes, des oiseaux… de petits mammifères. »

Halsey ne supportait pas les suppositions. « Ou il se pollinisent eux-mêmes. »

« Certaines plantes ressemblent à des variétés Terriennes, mais jusqu’à présent nous n’avons pas… vu quoi que ce soit confirmé comme comestible. » Fred semblait gravir quelque chose, s’arrêtant pour souffler. « Continuez d’observer. »

Ils étaient dispersés en formation de patrouille, avec Mendez à leur tête et Kelly sur l’aile. Halsey prit soudain conscience d’être l’intruse plutôt que la chef ici, la théoricienne qui avait créé une génération de Spartans mais n’avait jamais réellement servi, et toutes les petites actions de soldats que les Spartans semblaient faire automatiquement – scanner constamment les branches des arbres, se retourner et faire quelques pas en arrière pour vérifier leurs arrières, aussi souvent – lui jaillirent en pleine visage. Elle ne se déplaçait tout simplement pas de cette façon, et pas seulement parce qu’elle trimbalait un sac qui semblait s’alourdir de minute en minute et qu’elle portait une jupe comme fardeau. Cela ne faisait seulement pas partie de son sixième sens, comme cela l’était pour eux.

Cela la déstabilisait. Personne ne s’attendait à la voir se comporter en Spartan, même si elle avait entraîné l’une de leurs générations. Elle ne savait pas pourquoi cela la troublait.

« Un oiseau ? », demanda Tom à personne en particulier, désignant la chose du doigt. Il leva les yeux. « Je suis incapable de le dire, même avec un scope. »

Halsey suivit son geste pour voir quelques minuscules points noirs dansant paresseusement passer loin au dessus d’eux. Quelque chose dans leur mouvement n’avait rien d’un vol d’oiseau. Cela lui rappelait celui d’une chauve-souris, mais en plus lent.

« Si c’en est, ils ne volent comme aucune des espèces aviaires que je connais », reprit Kelly. « On est sur le point de faire un sacré banquet. »

Ils se déplaçaient à travers de l’herbe à hauteur de genoux, ondulant sur des dunes parsemées d’arbres, dont certains étaient constitués de chênes terrestres qui semblaient se trouver de partout. D‘autres avaient des troncs gris boursouflés et de minces couronnes d’un rouge profond, qu’Halsey ne reconnut pas du tout. Cependant cela ne répondait toujours pas à la question de l’Adjudant, à savoir s’il s’agissait uniquement d’un ornement ou faisait partie d’un projet de conservation.

Combien s’attendaient à s’abriter ici ? La population Forerunner entière ? Ou juste les puissants et les bons ? Et pour combien de temps ?

Le silence était aussi peu familier que la végétation, couche sur couche de faibles sons sauvages qui fusionnaient dans le bruit confus d’un paysage totalement étranger. Les humains avaient leur propre forme de bruit ambiant qu’ils considéraient comme ordinaire, jugea Halsey, et ils en étaient inconscients jusqu’à ce qu’ils ne l’entendent plus. Elle remarquait l’absence de ses repères désormais : ni son d’oiseau, ni bourdonnement du trafic, ni survol d’avion. Cela la fascinait. Chaque son semblait soudain amplifié. Les armures des Spartans cliquetaient alors que leurs armes les frôlaient à chaque pas. Mendez tendit la main dans son dos et sortit quelque chose de la poche de sa ceinture, ce qui fit râper son équipement contre la sangle.

Puis quelque chose toucha l’épaule du Dr Halsey. Elle glapit et pivota d’un coup.

« Désolé, m’dame. » C’était Olivia, l’une des Spartan-IIIs. Elle tenait quelque chose entre son pouce et son index. « C’était en train de grimper dans votre dos. C’est peut être inoffensif, mais je préfère être sur mes gardes ici. »

Le cœur de Halsey tambourinait dans sa poitrine. Elle n’avait même pas réalisé que la fille se trouvait derrière elle. « Pour l’amour de Dieu, ne me surprenez plus comme ça. »

Elle se sentit idiote aussitôt qu’elle l’eût dit. Olivia ne réagit pas. Mais lorsqu’Halsey jeta un coup d’œil circulaire, embarrassée, elle aperçut Mendez lui jeter un long regard, sans ciller. Elle pouvait voir ce qu’il portait maintenant – son péché mignon, un cigare Sweet William, ou du moins les quelques centimètres qu’il en restait. Il le fit rouler entre son pouce et son index, quelques courts instants comme un chapelet avant de le remettre dans sa poche.

« Allons marcher un bout ensemble, vous et moi, Docteur », dit-il, faisant demi-tour et remontant la file en direction d’Olivia. « Allez-y, O. Prenez la tête. »

‘O’ devait être le surnom d’Olivia. Halsey se sentit à nouveau mise à l’écart, et non la matriarche. La fille retira son casque d’une main pour observer de plus près la créature qui se tortillait entre ses doigts, une chose semblable à une coccinelle d’environ dix centimètres de long, rayée de bandes oranges vifs, et dotée d’une longue pointe effilée en guise de queue. Olivia ne devait pas être âgée de plus de seize ou dix-sept ans. Elle avait une peau douce et brun sombre, ainsi que de délicates courbes qui amenèrent Halsey à suspecter qu’elle soit originaire de la Corne de l’Afrique.

« Juste une queue. Pas de dard. » Olivia relâcha l’insecte puis remit son casque. « Mais on ne sait jamais. »

Halsey regarda autour d’elle. Kelly avait désormais reculé assez loin, et Tom s’était déplacé à bonne distance sur la droite. Halsey se rendit compte que les Spartans leur avaient immédiatement laissé, à elle et à Mendez, suffisamment de place pour se battre, apparemment sans aucun geste ou mot échangés. C’était un bon témoignage de la prise de conscience partagée de la situation.

« Y a-t-il quoi que ce soit que vous souhaitiez me dire, Docteur ? », demanda posément Mendez. Il sortit à nouveau son bout de cigare et le coinça sur un côté de sa bouche sans même l’allumer. « Parce que nous avons été terriblement civils jusqu’à maintenant. »

Vous saviez. Vous le saviez même rudement bien. « C’est votre dernier ? », demanda-t-elle.

« Il m’en reste trois. Je me rationne pour le bien de la mission. »

« Vous parlez comme un fumeur. »

« Ne vous en faites pas. Je ne l’allumerai pas à coté de vous. »

« Toujours le rôle du gentleman. »

Mendez était un homme qui cachait bien ses pensées, mais il était raisonnable de supposer que moins il exprimait d’émotions, ce qui n’en représentait que peu dans le meilleur des cas, plus il cherchait à les dissimuler. Il lui adressa simplement cet habituel regard mort. C’était sûrement la dernière chose que de nombreuses troupes Covenants avaient pu voir.

« Okay, m’dame, si vous ne voulez pas ouvrir le dialogue, je vais le faire. Vous êtes, je le sais, choquée qu’il y ait une génération entière de Spartans que vous n’ayez pas suivi ou dont vous ignoriez l’existence. » Mendez retira le cigare de sa bouche et le remit dans sa poche. « Maintenant, alors que je suis ravi de discuter de tout cela, je vous demande de faire une chose. Traitez les Spartan-IIIs de la même façon que vous traitez les autres. Si vous avez un problème avec le programme, Docteur, venez me le dire en personne. Pas à eux. Ils sont de la Navy. Ils ont mérité le respect. »

A FINIR

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